Encart 3 : Guaranis et Jésuites

23 novembre 2008

Les Jésuites arrivent en 1650 en Amérique du Sud missionnés pour évangéliser et civiliser les amérindiens.
En fonction du régime en cours, ces derniers sont asservis par les colons – conquistadores – qui prélèvent parmi ces indigènes la main d’œuvre nécessaire à leur exploitation. En contre-partie, ils s’engagent à les évangéliser.
Des révoltes indiennes sont d’une telle violence que le pays devient ingouvernable.
Contraint, le roi d’Espagne abolit le « service personnel » dû par les amérindiens aux conquistadores, mais sans renoncer pour autant à l’impôt que lui devaient ces derniers.
Cette décision créa donc une impasse. Pour la contourner, il a été fait appel aux ordres religieux déjà sur place et notamment les Jésuites.
Les Jésuites proposent de payer directement au roi un tribut en fonction du nombre d’indiens en les retirant du contrôle des conquistadores et en les plaçant sous la leur. Un accord est conclu entre le roi d’Espagne et le Supérieur Général des Jésuites et autorise les Jésuites à fonder un état autonome entre les fleuves Parana et Paraguay.
En 1610 est donc édifiée à San Ignacio la première « reduccion » jésuite. Les indiens guaranis, devenus sédentaires et convertis sont regroupés dans des cités régies par un système communautaire autonome. Avec aucune relation avec le monde extérieur, ce mode d’organisation, unique au monde, dura pendant près de 150 ans.

Les « reducciones » sont construites sur les plans à damier : autour d’une grande place sont édifiées, sur un côté église, cimetière et école, et sur les trois autres côtés des maisons.
Les habitants pratiquent collectivement l’élevage, la culture du coton, de la canne à sucre et le l’herbe à « maté », le tissage. Excellents travailleurs manuels, ils pratiquent le travail du bois. Ils fabriqueront montres et des instruments de musique y seront produits et exportés.
Une sorte de formation professionnelle sera mise en place.
Ainsi sont assurés une prospérité économique et le paiement du tribut à la couronne espagnole.
Seul, le « regidor », plus haut dignitaire des indiens est désigné par les Jésuites, et toutes les autres charges sont électives.
La peine de mort est supprimée. Le système de propriété collective permet le partage, l’échange et l’autogestion. Tous les habitants travaillent la terre commune. La production est répartie d’une manière égalitaire.
La durée du travail quotidien est d’environ 6 heures. Le temps libre est consacré à la musique, à la danse, au tir à l’arc et à la prière.
Ecoles et hôpitaux sont créés. La société « guarani » aurait été la première au monde à être totalement alphabétisée.
Ce type d’organisation a été commun à toutes les missions jésuites créées dans le monde, comme au Japon, Inde ou en Chine.
Cet Etat dans l’Etat finira par déplaire aux successeurs du trône d’Espagne. Un nouveau traité en Espagne et Portugal définit de nouvelles limites entre leurs possessions. Les « reducciones » sont cédées au Portugal, dont l’homme fort est ennemi des Jésuites. Ce dernier exige l’évacuation des « reduccionnes ». Les Jésuites essaient d’user de leur influence en Europe pour différer cette décision. Les « guaranis » étrangers à ces intriguent résistent, et seront massacrés en grand nombre en 1756. Les survivants retourneront vivre dans la forêt. Les « reduccionnes » seront détruites.
Les Jésuites seront expulsés du Portugal, d’Espagne et d’Amérique du Sud, et le Pape dissoudra leur ordre en 1773.
Malgré ces évènements la langue « guarani » est la seule langue indienne officielle parlée (et peut-être écrite ?) en Amérique du Sud, malgré la presque totale disparition des Guaranis.

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